DU SUR LA CAMPAGNE DE BADE. r aacqa a !rsJ ftïfM &*0 . ttWWlLj BERNE, CHEZ mm FILS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE. 1849 . En rente chez jenni fies, imprimeur-libraire à Berne: Ammann, F. S., Ouvrez les yeux défenseurs des couvents ! ou coup d'œil dans l’abime de la corruption monacale. Observations recueillies dans sa carrière monastique. 7 bz. 8 ggr. 30 kr. Les démonstrations belliqueuses entre la France et la Suisse en 1838. 9 bz. 8 ggr. 36 kr. Gistl, J., Systema insectorum classes ordines généra species cum characteribus synonymis annotationi- bus locis et iconibus. Tom. I. Coleoptera. Fasc. 2. Ci- cindela—Cymindis. 1840. 8 bz. 8 ggr. 36 kr. Jahn, Alb., symbolas ad emendandum et illustran- dum Philostrati librum de vitis sophistarum in medium attulit. 1837. 15 bz. 18 ggr. 1 fl. 12 kr. — Dissertatio platonica, qua tum de causa et natura mytborum Platonicorum disputatur, tum inythus de amoris ortu sorte et indole a Diotiina in convivio narratus, explicatur. 1840. 3 IV 2 bz. 1 Rthlr. 4 gr. 2 fl. 6 kr. Ochsenbein, second rapport sur le combat des réfugiés luzernois et de leurs amis, avec un plan. 10 bz. 10 ggr. 40 kr. SUR LA CAMPAGNE DE BADE. BERNE, CHEZ JENNI FILS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE. 1849 . Jbf 1 PREMIER RULLETIN. RAPPORT DU COMITÉ NATIONAL. Carlsruhe, 31 Mai 1849. Hier a eu lieu le premier combat entre l’armée de la liberté de Bade, et les soldats de la coalition royaliste, sous Heppenheim, Laudenbach et Ileinsbach. Le combat a duré depuis 5 jusqu’à 8 heures du soir, et s’est terminé par la retraite des deux parties combattantes. De notre côté se sont distingués, par leur intrépidité et leur courage, les 3me et 4me régiments d’infanterie de ligne, l’artillerie à cheval et la Yolkswelir (milice) d’Offenbourg, Lahr et autres districts. Nous aurions pu remporter une victoire éclatante, si nos dragons avaient montré la même persévérance dans le combat. Ces derniers, après s’être avancés jusqu’à soixante pas sous le canon ennemi, tournèrent subitement bride et mirent ainsi le désordre dans nos colonnes. Ils répareront sans doute cette faute à la première occasion. Le colonel 8igel conduisit en personne nos troupes et se trouva partout, où il fallait commander, assister et encourager. Il s’est montré à la fois capitaine et soldat. Nous attendons avec confiance les suites de cette journée. Le Comité national. 1 SECOND BULLETIN de l’armée du Rhin et du Neckar. 13 Juin 1849. Quartier général de Mannheim. A mon arrivée au quartier général de Heidelberg, le 10 juin à 9 heures du soir, j’ai reçu de mon prédécesseur, le colonel Sigel, des renseignements qui m’ont servi de base au rapport suivant sur la dislocation de notre armée. Conformément aux dernières instructions que j’envoyai de Paris à Carlsruhe, après que les tentatives de propagande armée sur Francfort et Stuttgard eurent été manquées en temps convenable, la presque- totalité de nos forces mobilisées a été établie sur le Bas-Neckar, la gauche à Mannheim, le centre à Heidelberg, la droite dans l’Odenwald badois. Une forte avantgarde fut placée à Weinheim, et le dépôt des munitions avec le gros de la cavallerie à Schwetzingen. L’effectif de toutes ces troupes se monte à 20,000 hommes, mais les deux tiers seulement de cette force peuvent être mis en mouvement, et la moitié tout au plus est capable d’accepter une bataille rangée, en comptant dans cette catégorie 10 bataillons de ligne, 24 pièces attelées, 10 escadrons de dragons d’un esprit très douteux et deux ou trois bataillons de la Volkswehr, suffisamment instruits et équipés pour n’être pas un grave embarras sous le feu de l’ennemi. Le reste de la Volkswehr, quoique animé en général d’un ardent patriotisme, n’est encore bon qu’à garder les positions fortifiées et à masquer par son nombre in- oiïensif les déplacements de nos véritables troupes. Le matériel et le personnel de l'artillerie de campagne sont excellents, mais les munitions sont tout à fait insuffisantes. L’infanterie de ligne est résolue, parfaitement exercée et équipée, mais elle a perdu toute cohésion organique et tactique par suite de la confusion inextricable qui existe dans le corps des officiers. Les bataillons ne sont plus qu'une agglomération accidentelle de bons soldats, sans esprit collectif, sans hiérarchie et sans responsabilité. C’est toute une organisation militaire à refaire et à fixer. En outre, cette infanterie si brillante, si choyée en temps de paix, est toute à dresser pour la guerre. Elle ne sait ni marcher ni bivouaquer, gâtée qu’elle a été par ses perpétuelles promenades en chemins de fer et les commodités des cantonnements. Enfin, armée toute entière de fusils à pistons, elle est loin cependant d’être approvisionnée d’une quantité de capsules, correspondante à celle des cartouches. Quant à la cavallerie, tout le inonde pense, depuis les tristes avertissements de Carlsruhe et de Heppenheim, qu’elle a besoin d’être dissoute et réorganisée sur un autre pied, si l’on veut en tirer un parti quelconque pour la guerre révolutionnaire. C’est en combinant ces données avec les rapports du Général Sznaydé sur la force armée du Palatinat et les progrès chaque jonr plus menaçants de la coalition monarchique, que j’ai formé notre plan de résistance dans l’angle supérieur du Rhin et du Neckar. L’on sait que la force armée du Palatinat n’est qu’une force d’opinion, qui aurait encore besoin de beaucoup de temps, de sacrifices et d’assistance, pour devenir une force réelle, les deux places fortes de Landau et de Germersheim étant restées aux mains de l’ennemi avec tous les éléments militaires du pays. Les milices décrétées par le gouvernement révolutionnaire de Kaiserslautern, n'existent encore pour la plus- part que sur le papier. Les trois détachements de volontaires, commandés par Schimmelpfennig dans la vallée qui conduit de Zweibrücken à Landau, par Blenker sous Frankenthal, et par Willich sous Landau, constituent jusqu'à présent la seule force mobilisée du Palatinat, et ne s’élèvent en somme qu'à trois mille recrues. En y ajoutant 2,500 hommes que j'ai ordonné au général Sznaydé de rallier à Neustadt, 8 pièces de canon et le renfort badois que nous venons d’envoyer à Willich sous Landau, nous pouvons former de tout cela une division de notre armée; mais il ne faut pas songer à disputer sérieusement la possession du Palatinat avec ces détachements séparés, aux deux invasions prusienne et bavaroise, qui s’avancent à la fois du nord et de l’ouest. En conséquence, j’ai prescrit au général Sznaydé comme règle de conduite, de n’opposer au corps prussien de Hirschfeld qui vient de Kreuznach, et au corps prusso-havarois qui vient de Sarbrück, que tout juste assez de résistance, 1° pour que nos détachements ne soient pas coupés entre eux; 2° pour qu’aucun d’eux ne soit coupé du Rhin; 3° pour nous apporter, en se réunissant à nous, une connaissance précise des forces qui les poursuivent. Ainsi, les insurgés du Palatinat doivent se réunir à l’armée de Bade par Mannheim, s'ils parviennent à se rallier avant l’arrivée de Hirschfeld à Ludwigshafen ; par Spire, si l’ennemi leur interdit l’accès de Mannheim ; enfin par le pont de Knielingen, si même le passage de Spire ne leur présente pas assez de sécurité. Nous sommes réduits à cette concentration de toutes nos forces entre la rive droite du Rhin et la rive gauche du Neckar, par la supériorité numérique vraiment énorme de l’ennemi. En effet, la totalité de la coalition qui nous menace et nous enveloppe déjà de trois côtés à la fois, ne peut être évaluée à moins de 70,000 hommes. Ce sont: 1° le corps mêlé de Prussiens et de Bavarois sous le prince de Turn et Taxis, qui réuni dans la province prussienne de Trêves, s’avance par Hombourg sur Kaiserslautern et Zwei- hrücken; 2° le premier corps de l’armée prussienne sous le général Hirschfeld, qui amassé à Kreuznach au nord- est du Palatinat, s’avance droit par la rive gauche du Rhin pour débloquer Landau et Germersheim, puis prendre à revers nos défenses du Neckar; 3° le 2me corps de l’armée prussienne sous le général Groeben, qui réuni à Darmstadt, doit s'avancer sur le Neckar, derrière l’armée des contingents secondaires; 4° l’armée des contingents secondaires, Hessois, Mecklem- bourgeois, Hanovriens, Bavarois, sous le général de l’empire Peucker, dont les avantpostes touchent aux nôtres sur toutes les pentes de la vallée du Neckar ; 5 U un corps purement bavarois, qui formé à Wurzburg, cherche à tourner notre droite par Mosbach. Jusqu’à présent le Wurtemberg affecte de garder la neutralité ; mais il est à craindre qu’à l’approche des Bavarois, en arrière de notre droite, l’armée wurtembergeoise ne se mette aussi de la partie, ce qui par rapport à la déplorable configuration de nos frontières, nous porterait un coup mortel. J'arrive trop tard, pour modifier cette périlleuse situation. Demain peut-être il nous faudra accepter une bataille décisive, sans que ni le corps du Palatinat, ni les reserves et surtout l’artillerie attelée, que j’ai reclamées de Carlsruhe, puissent nous rejoindre à temps. Tout ce que je puis faire pour consolider notre position sur le Neckar, consiste à masser toutes nos forces sur peu de points très proches l’un de l’autre, afin de les porter en majeure partie à la rencontre du premier attaquant. 1* En conséquence, au centre j’ai ramené sur Schries- lieiin et Heidelberg, tous les détachements semés le long de la frontière hessoise; à notre droite j’ai concentré sur Ebersbach et Neckargemünd, les milices du colonel Becker*); à notre gauche j’ai tout réuni dans Mannheim, avec une simple avantgarde à Kaferthal. Entre Mannheim, où commande le lieutenant-colonel Mercy, et Heidelberg, où j’ai laissé l’adjudant général Sigel, nous tenons fortement le pont et le village de Ladenbourg. De cette façon nous sommes à même de porter en une demie journée 10,000 hommes et 20 pièces de canon sur un point quelconque du Rhin ou du Neckar entre Philippsburg, Mannheim et Neckargemünd, sans trop affaiblir les positions de résistance que nous occupons d’une manière permanente sur les deux côtés de cet angle, dont Mannheim marque le sommet. A cause de cela, j’ai transféré momentanément le quartier- général de Heidelberg à Mannheim. Le Général en chef, LOUIS MIEROSLAWSKI. ') Ne point confondre Becker, courageux démocrate, avec Beckert, instrument de la réaction badoise. TROISIÈME BULLETIN de l'armée du Rhin et du Neckar. Quartier général de Heidelberg, 17 Juin 1849. A peine avons nous eu le temps de rectifier nos positions sur le Neckar, d’entamer quelques travaux de fortification à Mannheim et devant Heidelberg, de préparer pou»* un cas de revers la destruction des ponts de Mannheim, Ladenburg, et Heidelberg, d’établir enfin quelques postes de vigilance le long du Rhin, que nous nous sommes vus enveloppés par les trois corps de Hirschfeld, Grœben et Peucker, sur les deux rives de ce fleuve à la fois. Le 14 juin, après avoir appris que l’invasion occidentale des coalisés n’avait éprouvé aucune résistance jusqu’au cœur du Palatinat, le Prince de Prusse se mit en marche avec le corps de Hirschfeld sur Fran- kenthal et poussa ses reconnaissances jusque sous Ludwigshafen. En même temps, le corps de Peucker, ayant en reserve celui de Grœben, étendit sa ligne en face de Ivaferthal, Heddesheim et Gross-Sachsen,. pour forcer le lendemain les passages du Neckar. Nous employâmes toute la nuit à barricader Ludwigshafen, à miner les ponts et à distribuer convenablement nos forces. Décidé à lever au besoin le pont de Ludwigshafen et de la sorte suffisamment garanti contre Hirschfeld, averti en outre que le corps de C.rœben ne pouvait pas entrer en ligne avant trois ou quatre jours, je combinai toutes nos forces et tous nos mouvements offensifs contre Peucker, que j’espérais refouler séparément dans le coin de Heidelberg, formé par le Neckar et les montagnes de l’Oden- wald. Le 15, vers neuf heures du matin, commença l’attaque des coalisés sur les quatre points de Lud- wigshafen, Kaferlhal, Ladenburg et Schriesheim presque simultanément. Ludwigshafen, dont la Bürgerwehr avait promis de se défendre derrière les barricades construites dans la nuit, tandis que l’artillerie de Mannheim flanquerait sa résistance de la rive opposée, accueillit au contraire l’ennemi avec tant d’empressement, que ce dernier faillit enlever du même coup le pont du Rhin et l’entrée de Mannheim. Il nous fallut séparer plusieurs travées de ce pont sous un feu meurtrier et incendier Ludwigshafen avec des obus, pour en déloger les Prussiens. Ce dernier résultat ne fut obtenu qu’après quarante huit heures d’une canonnade qui fait le plus grand honneur au jeune capitaine d’artillerie Steck et à ses canonniers en blouse, mis aux pièces trois jours seulement avant le combat. Mais pendant cette surprise tentée par les Prussiens sur le pont du Rhin, surprise convenue avec la réaction bourgeoise de Mannheim, comme nous avons eu lieu de nous en convaincre depuis, Peucker attaquait avec sa droite Kaferlhal, avec son centre Ladenburg et avec sa gauche les hauteurs de Schriesheim. Cette dernière attaque paraît n’avoir été qu’une diversion, mais les deux autres se sont faites avec toute l’étendue et toute l’obstination d’une résolution arrêtée. Le village de Ladenburg et le pont du chemin de fer qui traverse le Neckar en cet endroit, se sont trouvés un instant au pouvoir des assaillants, au point qu’une — 9 partie de la division Beckert se repliait déjà par la rive gauche de cette rivière vers Seckenheiin, et l’autre partie par la rive droite vers Schrieslieim. Le capitaine d’état-major Môgling conjura ce péril avec autant de courage que d’intelligence. A la tète de la brigade qui se retirait sur Schrieslieim, il reprit à la baïonnette le village de Ladenburg, remit ainsi l’autre brigade en possession du pont et continuant sans délai son retour ofl'oiisif, il repoussa les Hesso-Bavarois au de là de Heddesheim avec des pertes considérables. Nos succès contre l’aile droite de Peuckcr devant Mannheim, n’étaient pas moins éclatants. Informé dès le matin que notre avant garde évacuait Kaferthal, devant plusieurs colonnes ennemies venues de Weinheun, je portai immédiatement à son secours la presque totalité des troupes de ligne qui se trouvaient à Mannheim. Le lieutenant colonel Tobian se trouvant ainsi à la tête de 3000 hommes, fit ouvrir un feu soutenu d’artillerie sur le village déjà occupé par 'l’ennemi, tandis que ses tirailleurs refoulaient vigoureusement l’extrême droite de ce dernier à travers tout le bois d’Atzelhof. Dès que je pus lui former une seconde ligne avec quelques détachements de Volkswehr et deux escadrons de cavallerie, Tobian plia sa première ligne en colonnes, et il la porta en avant avec tant d’impétuosité, que les Hesso-Mecklembourgeois furent obligés de nous céder en désordre et le village et les bois jusqu’à la frontière hessoise, sans avoir pu se retourner une seule fois pour faire un feu régulier contre nous. Ce vaillant chef reçut malheureusement une blessure qui nous fit perdre le temps nécessaire à son remplacement, mais nos progrès souffrirent peu de ce retard, le capitaine d’état-major Zurkowski étant resté constamment sur le champ de bataille, pour veiller à la continuation des mouvements prescrits. Je transmis le commandement de Tobian au colonel Oborski, et je fis bivouaquer 10 scs troupes sur le champ de bataille, afin de pouvoir les rabattre dans la nuit même sur le flanc droit de l’ennemi. Il nous fallait agir avec d’autant plus de promptitude et de vigueur contre le corps du général Peu- cker, que celui de Grœben allait incessamment arriver à son secours, et que le prince de Prusse continuait son mouvement vers Spire et Gennersbeim, ne canon- nant plus Mannheim que pour diviser notre vigilance. Après avoir ordonné au colonel Oborski de mettre ses troupes en mouvement à minuit, de Kâferthal par Wallsladt vers Heddesheim, ce qui fut ponctuellement exécuté, je me rendis avec mon état-major à Heidelberg, pour diriger notre attaque de front. La division centrale de Beckert avait reçu l’ordre de se replier un peu sur Ladenburg, pour attirer de nouveau le centre de l’ennemi dans l'angle contenu entre le Neckar et les montagnes. Peucker donna dans le piège, et dès la matinée du 16 , deux fortes colonnes ennemies s’avancèrent comme la veille de Heddesheim sur Ladenburg. Au premier appel du canon, je débouchai de Heidelberg avec la division qu’y avait réunie l’adjudant- général Sigcl, et nous marchâmes rapidement par Schriesheim sur Leutershausen, rejetant la gauche de l’ennemi qui était appuyée aux montagnes, dans la plaine de Heddesheim. Mais comme c’était juste le moment où la colonne d'Oborski arrivait sous ce village du côté opposé, tandis que la division Beckert reprenait impétueusement l'offensive près de Ladenburg, le centre et la gauche de Peucker pris entre trois feux à la fois, se retirèrent en toute hâte sur Gross-Sach- sen, abandonnant un grand nombre de morts, de blessés et de prisonniers sur le champ de bataille. Le manque d’une cavallerie décidée se fit sentir en cet instant d’une manière bien regrettable. A défaut de ce rapide instrument de poursuite, je commandai aux colonnes réunies de Sigel et d’Oborski d’opérer une il vaste conversion à droite, pour rejeter l’ennemi sur les montagnes, où les milices de Becker auraient pu accueillir rudement ses débris; mais la rapidité avec laquelle Peucker évacua Gross-Saclisen et tout l’espace jusqu’à Weinheim, puis l’extrême fatigue des troupes d’Oborski qui marchaient et combattaient presque sans repos ni nouriture depuis deux jours et une nuit, limitèrent les conséquences de notre victoire à l’expulsion momentanée de l’ennemi du territoire badois. Cependant nous avons atteint notre but principal: celui de gagner sur le Neckar le répit qui nous était indispensable pour reporter nos forces et notre vigilance sur le Rhin. Cette considération dominant pour l’instant toutes les autres, j’ai rappelé presque la totalité de nos forces dans le rayon de Heidelberg, appuyant notre droite dans l’Odemvald, notre centre à Schriesheim, notre gauche à Ladenburg. De Heidelberg, je me jetterai avec tout ce qui s’y trouve sous ma main, au point où le prince de Prusse traversera le Rhin. Ce point n’est pas encore bien déterminé; cependant la possession de la forteresse, du pont et de la tête de pont de Ger- mersheim, assure à toutes les colonnes ennemies qui inondent le Palatinat, un passage préférable à tous les autres. Mon intention du reste, vu l’exiguité de nos forces et la multiplicité des attaques qui nous menacent, ne peut pas être de leur interdire ce passage ; je ne songe qu’à détruire par un recul offensif, celles que le Rhin aura séparées les premières de leurs reserves. Les rapports des chefs de divisions ne m’étant pas tous parvenus, je ne puis pas encore transmettre au Gouvernement les détails des pertes, des avantages et des distinctions de ces deux glorieuses journées. Je dois seulement constater que comparativement à celles de l’ennemi, nos pertes sont insignifiantes. Les chefs — 12 — que j’ai hâte de signaler, pour avoir exécuté mes ordres avec le plus de courage et d’intelligence, sont l’adjudant-général Sigel, le colonel Oborski, les lieutenant-colonels Tobian et Thome et le capitaine d’état- major Môgling. Parmi nos trois armes, c’est incontestablement l’artillerie qui a rendu les services les plus éclatants. Le Général en chef, LOUIS MIEROSLAWSKI. QUATRIÈME BULLETIN de Vannée du Rhin et dît Neckar. Quartier général de Heidelberg, 22 Juin 1849. Mon premier soin, après que nous eûmes purgé la rive droite du Neckar du corps de Peucker, fut de répartir toutes nos forces actives en six divisions mobiles d’à peu près 4000 hommes chacune, y compris la Volkswehr que l’on pouvait à la rigueur employer déjà en tirailleurs dans les terrains accidentés, et les insurgés du Palatinat qui, n’ayant pas pu défendre leur propre territoire, venaient de passer sur celui de Bade, au pont de Knielingen. Jusqu’alors il n’avait existé aucune distribution de cette espèce, au point que l’on ne savait jamais exactement à qui adresser les ordres de l’état-major, à quelle quantité de troupes les appli- ; quer, ni môme où chercher ces dernières, chaque officier et chef de milice les déplaçant à son caprice, j souvent au caprice des soldats eux-mêmes, sans en ] rendre compte à personne. A ces conditions, aucun mouvement d’ensemble, aucune disposition stratégique, ' tactique ni administrative n’était possible. Voici le tableau de cette répartition faite à la hâte, sur le terrain \ même qu’occupe chaque corps, car il serait trop péril— î leux d’y opérer de grands changements, avec l’ennemi I sur les bras. — 14 — PREMIÈRE DIVISION: Commandant , le lieutenant-colonel Thome. Centre de ralliement à Handschusheim. Deux bataillons du 2me régiment d’infanterie. 1er bataillon du 1er régiment d’infanterie. Un bataillon de Volkswehr (de Wiesloch). 3me régiment de dragons. Une batterie d’artillerie de 6' pièces. SECONDE DIVISION: Commandant , le lieutenant-colonel Beckert. Centre de ralliement au pont de Ladenburg. Deux bataillons de l’ancien régiment de la garde. 2me bataillon du 1er régiment d’infanterie. Un bataillon de Volkswehr (de Carlsruhe). Un bataillon de Volkswehr (de Mannheim). 2me régiment de dragons. Deux batteries d’artillerie de 6 pièces chacune. TROISIÈME DIVISION: Commandant, le lieutenant-colonel Mcrcy. Centre de ralliement Mannheim. Garnison de Mannheim, composée de trois bataillons de Volkswehr et de 11 pièces de position. Détachement d’observation sur le Rhin, composé de deux bataillons de Volkswehr et de 6 pièces de campagne. QUATRIÈME DIVISION, de réserve: Commandant, le colonel Oborski. Centre de ralliement à Heidelberg. Deux bataillons du 3me régiment d’infanterie. Deux bataillons du 4me régiment d’infanterie. Un bataillon franc (Turners de Hanau). 15 1er régiment de dragons. Deux batteries d’artillerie de 8 pièces chacune. CINQUIÈME DIVISION, milices : Commandant, le colonel Becker. Centre de ralliement à Neckargemünd. Un bataillon de Volkswchr (de Heidelberg). Un bataillon de Volkswehr (réfugiés allemands). Un bataillon de Volkswehr (ouvriers de Mannheim). Le cadre des ouvriers de Ziegelhausen. Divers détachements en formation depuis Heidelberg jusqu’à Mosbach et sur la Tauber. Quatre compagnies de ligne, mêlées. Un peloton de dragons. Une batterie d’artillerie de 6 pièces. SIXIÈME DIVISION, troupes du palatinat : Commandant, le général Sznaydé. Centre de ralliement au pont de Knielingen près de Carlsruhe. ! : Cinq bataillons incomplets de la Volkswehr du | Palatinat. : Trois bataillons de ligne de Bade. I Un peloton de cavallerie du Palatinat. | Deux batteries d’artillerie de 6 ou 7 pièces cha- ; cune. i j Cette répartition n’était pas encore tout à fait ré- ' glée, que déjà nos appréhensions au sujet du passage : des Prussiens sur la rive droite du Rhin se réalisaient. Le 20 juin, à trois heures du matin, tout le corps de Hirschfeld aux ordres du prince de Prusse, et composé ; de deux divisions d’infanterie (chacune numériquement j au moins double des nôtres), d’une division de caval- j lerie et de 5 batteries d’artillerie, franchit le pont de Germersheim. La division Brunn s’avança sur Bruclisal pour nous couper de Carlsrulie; celle de Hanneken et la plus grande partie de la cavallerie se portèrent sur Philippsburg, prenant Mannheim et toute notre ligne du Neckar à revers. Les deux bataillons de Volkswchr et les 6 pièces de canon placés là en observation sous le commandement du major Mnicwski ne purent tenir, et se retirèrent sur Carlsrulie au lieu de se replier sur nous, comme ils en avaient l'ordre. Il en résulta que nous ne fumes avertis avec exactitude ni du nombre ni des dispositions de l’ennemi. Il n’y avait cependant pas à hésiter un seul instant. Je laissai le lieutenant-colonel Mercy à Mannheim, un simple détachement au pont de Ladenburg et les milices du colonel Becker à Heidelberg; puis avec tout le reste de nos forces, le 20 au soir, je me rabattis en deux colonnes par Schwetzingen et Wiesloch sur la Kraichbach, pour barrer le passage au prince de Prusse. La division Bcckcrt, avec la cavallerie et l’artillerie des autres divisions, arriva par Schwetzingen à Ilockenheim ; tout le reste de l’infanterie sous la conduite du colonel Oborski, fut transportée par le chemin de fer à la station de Waldorf. De là, elle vint prendre position dans la nuit à Reilingen. Tout ce mouvement de retour du Neckar au Rhin s’effectua avec une précision et une promptitude remarquables. L’ennemi occupait déjà avec son avant-garde Alt— Lussheiin, avec le gros de ses forces Waghàusel et avec sa reserve Philippsburg. II se proposait comme je l’ai dit plus haut, de prendre à revers nos positions du Neckar, tandis que les corps de Peueker et de Grœben nous y tiendraient en échec; aussi sa surprise fut si grande en nous apercevant devant soi, que son avant-garde se replia avec confusion sur Waghàusel, sans qu’il nous fut possible de la joindre. Nos forces réunies le 21, au point du jour, au de là de Neu-Luss- 17 lieim, à l’entrée de la forêt de Waghausel, se composaient de 9 bataillons de ligne, de 8 faibles bataillons de Yolkswebr, de 10 escadrons de dragons et de 20 pièces de canon, en tout 10,000 hommes, peut-être 11,000, le peu de consistance de la Yolkswehr ne permettant jamais d’en faire une évaluation précise. Cachée par la forêt, notre infanterie la traversa tout entière avec résolution, chassant devant soi une nuée de tirailleurs ennemis. Je masquai ses progrès par le feu de toutes nos pièces établies obliquement sur la grande route. L’adjudant-général Sigel commandant la gauche, arriva ainsi jusqu’à la route de Wie- senthal qui conduit à Bruchsal. En même temps j’ordonnai au colonel Oborski, commandant notre droite, d’emporter le village de Waghausel, ce qu’il exécuta à la quatrième tentative, avec sa persistance ordinaire, après une longue et violente fusillade. Aussitôt la réserve, composée de la Volkswclir et de la cavallerie, pénétra en foule entre le village emporté et la forêt, coupant en deux la déroute des Prussiens; car tandis que Hanneken fuyait sur Philippsbourg, poursuivi par Oborski aussi vivement que le permettait l’excessive fatigue de notre infanterie, Brunn rappelé trop tard de Bruchsal, était rejeté sur Wiesenlhal et la route de Carlsruhe. J’achevai cette séparation par un mouvement rapide et impétueux de notre cavallerie réunie en une seule colonne de neuf escadrons, et j’ordonnai à Sigel d’emporter Wiesenlhal, tandis que l’artillerie de notre droite canonnait déjà de près Philippsburg et coulait à fond les barques venant de l’autre rive pour recueillir les fuyards prussiens. Mais tout à coup, et pendant que j’étais occupé avec Sigel à disperser la portion de l'ennemi qui coupée dans Wiesenthal, n’avait plus d’autre retraite que l’intérieur dn pays insurgé, le lieutenant-colonel Beckert accomplissait la plus impudente trahison que l’on ait jamais 2 * 18 osé concevoir après une victoire. Il ordonna à toute la cavallerie dont il était le plus ancien officier de quitter le champ de bataille, entraînant dans sa fuite effrénée la Volkswehr, toujours encline à se débander, et tout ce qu’il put enlever d’artillerie. La course tumultueuse de cette foule égarée jusqu’à Heidelberg et puis de là à Carlsruhc, l’exhibition du drapeau blanc sur son passage, les appels multipliés de Beckert à la révolte contre les autorités constituées, tout cela rapproché des rapports qui m’arrivent sur les projets de contre-révolution manifestés simultanément dans toutes les villes principales du Rhin et du Neckar, nous avertit suffisamment, que cette sédition militaire n’est que le résultat d’une vaste et laborieuse conjuration réactionnaire, concertée depuis longtemps avec l’ennemi extérieur. Malgré cette exécrable défection, les Prussiens étaient si bien battus à cinq heures du soir, que nous ne pûmes plus les atteindre nulle part avec notre première ligne, qui nous resta constamment fidèle: mais bientôt je fus instruit qu’ainsi qu’il était à prévoir, nos positions sur le Neckar étaient menacées par Pcueker et Grœben, tandis qu’un nouveau corps bavarois descendait par la vallée de la Filz sur Sinsheim, afin de tendre la main aux Prussiens sur nos derrières. Nous étions donc littéralement enveloppés par toute la coalition royaliste de l’Allemagne, avec la trahison et la défection dans notre propre sein. C’est à déjouer ce vaste péril, contre lequel l’achèvement de la victoire de Waghausel aurait pu seul nous prémunir complètement, que nous employons maintenant toutes nos facultés, secondés par la constance de notre infanterie et d’une partie de notre artillerie. Étant retourné à temps à Heidelberg avec les meilleures de nos troupes, pour repousser une fois encore les Hes- sois et les Mecklembourgeois, j’ai entrepris aussitôt — — dans Paprês-midi du 22 une marche de flanc par Sins- heim, où il nous faudra percer le corps des Bavarois, puis tourner l’armée prussienne en marchant et en combattant sans cesse, afin de regagner nos communications avec Carlsruhe. Notre situation est des plus difficile; mais avec le calme et héroïque jeune homme qui s’appelle Sigel et qui est à mes côtés, il m’est défendu de désespérer de quoi que ce soit. Le Général en chef, LOUIS MIEROSLAWSKI. CINQUIÈME BULLETIN de l'armée du Rhin et du Neckar. Durlach, 24 Juin 1849. La marche de flanc, le long de la frontière dit Wurtemberg, dont j’ai annoncé l’entreprise dans mon quatrième bulletin, s’est accomplie avec un succès, qu’un concours d’obstacles tout à fait extraordinaires rendait peu probable. Déserteur de notre victoire de Wagliàu- sel, le lieutenant-colonel Beckert entraînant toute la ca- vallerie, presque toute la Volkswehr et plusieurs batteries d’artillerie s'était retiré la nuit même du 21 par Schwetzingen sur Heidelberg. De là, après avoir soulevé toutes les haines de la réaction contre nous, il poursuivit sa course malfaisante par Sinsheim jusqu’à Carlsruhe, haranguant les populations sur son passage, faisant arborer des drapaux blancs en signe de réconciliation avec les Prussiens et le Grand-Duc, engageant enfin les plus audacieux à arrêter les chefs de l’armée révolutionnaire, pour les livrer à l’ennemi. Ce complot ne se bornait pas seulement aux bandes de lâches fuyards que Beckert entfainait avec lui; il avait des ramifications dans toutes les villes, déjà lasses des sacrifices qu'é- xige la révolution, et même dans les régiments de ligne qui restés fidèle à leur drapeau dans le champ glorieux de Wagliâusel, se trouvaient maintenant obligés de suivre la retraite ouverte par la désertion des autres. 21 Dans une situation pareille, tout aurait été perdu, sans notre victoire de la veille, laquelle empêcha l’en- neini de se mettre immédiatement en rapport avec les traîtres. En effet, le prince de Prusse ne pouvait deviner à temps les raisons de notre retraite sur Heidelberg, après que l’armée prussienne eut été coupée en deux et rejetée à la fois sur le Rhin et sur Wie- senthal. Il prit donc bien garde de nous poursuivre, et se contenta de rejoindre avec circonspection son aile de Wiesenthal. Ce n’est qu’après s'être bien assuré de notre retour vers Heidelberg, qu’il se décida à gagner Wiesloch, pour nous couper la route directe de Heidelberg à Carlsruhe. Ayant facilement prévu ce mouvement de l’ennemi, je me hâtai de réunir à Heidelberg toute notre infanterie de ligne et la partie de l’artillerie qui n’avait pas encore fui avec Beckert, et je me mis en marche par Neckargemiind sur Sinsheim, le 22 juin à midi. J’ordonnai en même temps au lieutenant-colonel Mercy d'évacuer Mannheim et d’y détruire les ponts; au colonel Becker de réunir le peu de Volkswehr qui ne s’était pas encore débandée dans la nuit et de masquer notre mouvement, en faisant apparence de résistance dans Heidelberg. Après un court repos à Maucr, nous allions continuer notre marche sur Sinsheim, lorsque le lieutenant-colonel Thome, complice évident de Beckert, me fit arrêter, moi, mon adjudant-général Sigel, et plusieurs officiers d’état-major qui se présentèrent à la première compagnie du 2me régiment de ligne, pour la faire avancer. Comme c’était juste le moment où d’une part Beckert émeutait Sinsheim contre les autorités révolutionnaires, et où de l’autre la réaction de Mannheim, soutenue par trois escadrons de cavallerie, appelait les Prussiens dans les murs de cette ville, l’on ne peut douter de la parfaite coïncidence de toutes ces trahisons, ni des intelligences déjà établies entre elles et 22 les mouvements stratégiques de la coalition. Heureusement que le sentiment intime des soldats prévalait encore contre les insinuations des traitres à la patrie, et qu’exepté la cavallerie, tout à fait compromise dans le complot, et la Yolkswehr déjà découragée, le reste de l'armée brûlait de se mesurer avec l’ennemi. Les soldats tournèrent donc en plaisanterie l’ordre donné par Thome de nous arrêter, et nous suivirent gaiement à Sinsheim. Ce qui acheva de m’éclairer sur la corrélation de toutes ces perfidies, c’est qu’à peine averti du mauvais succès de la trahison de Thome, Beckert qui nous attendait à Sinsheim avec sa cavallerie pour nous livrer prisonniers à l’ennemi, s’enfuit aussitôt à toutes jambes vers Carlsruhe. Quoiqu’il en soit, un corps de 15,000 Bavarois, Hessois et Mecklembourgeois qui s’était sans doute entendu avec Beckert, voulut nous barrer le passage à Sinsheim. Un court mais vigoureux combat de nuit pendant lequel notre infanterie rivalisa d’ardeur avec notre admirable artillerie, nous ouvrit la route d’Ep- pingen, où nous ralliâmes toute notre colonne le 23 juin à cinq heures du matin. Ce jour là, Mannheim et Heidelberg furent évacués. Le colonel Becker conduisait la partie de la Volks- wehr restée fidèle au drapeau, à une étappe derrière nous; et comme la déroute du reste de cette milice avec Beckert n’avait rien eu d’intentionnel, la plupart d’entre elle se retrouva en chemin et nous rejoignit le lendemain ou le surlendemain. Cependant l’ennemi avait fini par pénétrer nos desseins. Pour s’y opposer, il réunit toutes ses forces sur la route de Heidelberg à Carlsruhe, corde de l’arc que nous parcourions, et se tint prêt à nous attaquer en flanc, lorsque nous passerions à sa portée. Nous n’avions plus qu’une division qui put parer ce coup; c’était la division du général Sznaydé, venue de la Bavière Rhénane et à la 23 quelle j’avais ordonné de défendre le passage du Rhin à Knielingen. Le séjour de cette division à Knielingen devenant inutile, depuis que l’armée prussienne avait opéré son passage à Gennersheim, je la transportai sur la route de Carlsruhe à Heidelberg. Elle comptait près de 9,000 hommes, la plupart nouvelles troupes du Palatinat, et 15 pièces de canon. Sa mission était de tenir ferme à Uhstadt et Bruchsal, jusqu’à ce que j’eusse amené et rallié toute notre armée derrière elle. Elle se battit médiocrement ce jour là à Ubstadt, et tout à fait mal à Bruchsal le lendemain ; mais l’extrême mollesse des attaques de l’ennemi amortit si bien l’effet de nos échecs, que nous opérâmes tout notre mouvement circulaire sans encombre. Le défilé de FIrhingen où l’ennemi aurait pu facilement nous couper par une attaque de flanc, fut traversé sans accident, et nous atteignîmes Bretten avec toute notre armée à quatre heures de l’après-midi. Le 24 juin nous continuâmes notre mouvement sur Durlach, afin de nous placer en réserve derrière la division Sznaydé et couvrir Carlsruhe. Malheureusement, la réaction était déjà toutepuissante dans celte capitale. D’audacieux émissaires parcouraient les rangs de nos soldats découragés et les entraînaient à la désertion. Une trame dont les détails ne me sont pas encore connus, fut particulièrement ourdie pour désorganiser la division du général Sznaydé, qui attaquée à Bruchsal se débanda après une courte résistance. Un attentat abominable, et qui laissera une ombre éternelle sur la réputation de loyauté tant ambitionnée des Allemands, mit le comble à la honte de cette défaite. De lâches troupes que le général voulut vainement ramener au combat, se jetèrent sur lui, lui arrachèrent ses croix et ses insignes gagnés sur d’autres champs de bataille, le maltraitèrent cruellement et l’auraient infailliblement massacré sans l’intervention de quelques 24 hommes de cœur. En rapportant ce déplorable évènement, j’invite le Gouvernement à faire son devoir avec une impitoyable sévérité, sous peine de la dissolution immédiate et complète de l’armée. Cet attentat joint à mille autres indices que le Gouvernement ne peut ignorer, m’a convaincu que nous ne pouvions point livrer bataille devant Carlsruhe, siège de tous les complots, refuge de tous les sicai- res de la contre-révolution, ville de corruption où courent se cacher tous les soldats sans courage et tous les traîtres impunis. Hasarder une lutte près de cette ville fatale, ce serait nous placer bénévolement entre deux feux. Donc, pour soustraire l’année à ce péril, j’ai résolu de vider Carlsruhe de tout le matériel de guerre, d’abandonner à l’ennemi une ville qui ne veut pas de la liberté et de reculer notre défense jusqu’à la vallée de la Murg. Là, appuyés sur Rastadt, touchant.par notre gauche à la frontière de la France, et par notre droite à celle du Wurtemberg, nous pourrons braver pendant longtemps toutes les attaques de la coalition royaliste. Il est cependant une condition essentielle pour assurer cette résistance : c’est que le Wurtemberg reste au moins neutre dans la lutte, et n’ouvre pas son territoire aux mouvements contournants du général Peucker. Je signale expressément cette condition à nos amis de Stuttgard. Le Général en chef, LOUIS MIEROSLAWSKI. SIXIÈME BULLETIN de l’armée de Bade et du Palatinat. Quartier général à Rastadt, 27 juin 1849. Ainsi que je vous l’ai annoncé dans mon bulletin précédent, notre armée ralliée à Durlach, a commencé dans la nuit du 24 au 25 juin, son mouvement de retraite vers Rastadt et la Murg. Une partie de la Yolks- wehr, laissée par le colonel Becker à Durlach pour couvrir notre mouvement, a soutenu dans cette ville un combat opiniâtre, qui a favorisé l’évacuation militaire de Carlsruhe. J’ài ordonné le transport de tout notre matériel de guerre de Carlsruhe a Rastadt, l’évacuation de la poudrière d’Ettlingen, le renvoi de tout le matériel du chemin de fer à la station de Rastadt et la destruction des rails derrière nous. Tout cela s’est opéré rapidement, et notre armée toute entière s’est trouvée réunie le 25 dans l’après-midi sur les glacis de Rastadt. Le 26 de grand matin, j’ai commandé une revue générale, afin de faire la répartition de nos forces le long de la Murg. Tout le monde put remarquer quelle atteinte profonde et irréparable, la trahison de Beckert et les menées de la réaction avaient portée à notre force militaire. Vainqueurs presque dans toutes nos rencontres avec l’ennemi, nous n'avions perdu ni un seul canon, ni un seul drapeau, mais il manquait à 3 26 l’appel la moitié numérique de notre armée, moitié égarée, dispersée, perdue sans qu’aucune défaite put expliquer ce fait déplorable. Un tiers de la cavallerie avait passé à l’ennemi; un tiers de l’infanterie s’était rendu clandestinement dans ses foyers ; les deux tiers de la Yolkswehr en avaient fait autant. L’artillerie seule, toujours au complet et ardente comme aux jours de Kaferthal et de Waghiiusel, nous promettait encore une bonne et sanglante bataille avant de succomber. Au total, notre force militaire se montait à 13,000 hommes, que je distribuai comme il suit : à notre extrême gauche, au pont de Steinmauern, trois bataillons de Volkswehr et quatre pièces de canon, sous le commandement du lieutenant-colonel Doll. Devant Rastadt, à la lisière du bois de Federbach, où je fis construire des épaulemenls pour l’artillerie, la division Becker, composée de l’élite de la Yolkswehr, de deux bataillons du 3me régiment de ligne et de 8 pièces de canon. Au pont de Kuppenheim, que je fis couvrir par une tête de pont, la division Oborski, composée du 4me régiment de ligne, du régiment de l'ancienne garde, de trois bataillons de Volkswehr et de 10 pièces de canon. A Rolhenfels, dans les montagnes limitrophes du Wurtemberg, la division Thome, plus tard division Mercy, composée du lcr et du 2me régiment de ligne, de deux bataillons du Palatinat, du détachement de Willich et de 6 pièces de canon. Cette aile droite, parfaitement appuyée dans l’hypothèse de la neutralité du Wurtemberg, très exposée dans le cas contraire, avait à garder outre le passage de Rothen- fels, les deux autres encore, de Gagenau et de Gerns- bach. Peu rassuré sur les dispositions du Wurtemberg, j’ordonnai de suite la destruction des sections de routes qui conduisent de la frontière de ce pays à Gagenau et à Gernsbach. Je conservai à Rastadt même quatre batteries d’artillerie, un bataillon de ligne et trois ba- 27 taillons de Volkswehr, dont deux furent tirés de Ba- de-Baden. Quant à notre cavallerie, réduite par la défection et la désertion à sept petits escadrons, tout ce que je pus faire, ce fut de la placer de la manière la moins nuisible, car quant à l’employer activement, il faut y renoncer tout à fait, tant son esprit est mauvais. La ligne que nous occupons est si resserrée, qu’en quelques heures de temps, je puis réunir tous nos 13,000 hommes sur un point quelconque de la rive droite ou de la rive gauche de la Murg. L’ennemi ne pouvant forcer nulle part le passage de cette rivière entre son embouchure et Kuppenheim, à cause du vaste et puissant rayonnement de Rastadt, il va sans nul doute déborder notre droite, en contournant la Ilaute-Murg. Tout dépend donc de l’attitude politique que gardera le Wurtemberg à notre égard, car le mouvement de l’ennemi ne peut s’opérer avec succès qu’à travers ce pays. Notre défense une fois établie sur la Murg, il ne me reste qu’une seule préoccupation: celle de l'armement et de l’approvisionnement de Rastadt. Je ne puis cacher au Gouvernement, que tout a été négligé sous ce rapport depuis le commencement de la révolution. Nous avons une quantité considérable de pièces de rempart, mais elles ne sont pas encore montées sur les barbettes, et les munitions de celles qui sont déjà en batterie, sont tout à fait insuffisantes. En outre, la partie de l’enceinte la plus exposée n’est pas encore terminée. J'ai ordonné d’activer tous ces travaux, et je consacre à surveiller leur accomplissement, le peu de loisirs que me laisse la réorganisation de l’armée. J’ai fait choisir 500 soldats de la Volkswehr pour compléter le nombre nécessaire des canonniers de place. J’ai ordonné d’employer les prisonniers de guerre et les déserteurs arrêtés, à l’achèvement des fortifications les 28 plus urgentes. Quant aux approvisionnements de bouche, je crois pouvoir me reposer sur l’infatigable patriotisme du commissaire de guerre Schlœffel, qui dans la mort glorieuse de son jeune fils à l’attaque de Wag- liausel, n’a puisé qu’une énergie nouvelle pour servir de toutes ses facultés la cause sacrée de l’Allemagne. Le Général en chef, LOUIS MIEROSLAWSKI. or SEPTIÈME BULLETIN de l’armée de Bade et du Palatinat. Quartier général de Rastadt, 30 Juin 1849. L’ennemi partout secondé par la contre-révolution, ne nous a laissé que quatre jours pour faire nos préparatifs de résistance sur la Murg et mettre Rastadt en état de défense. Le 28 juin, les trois corps coalisés, de Ilirschfeld, Grœben et Peucker, présentant ensemble un effectif de 00,000 hommes, sous le commandement en chef du Prince de Prusse, se sont ébran- és d’Ettlingen, marchant en deux colonnes sur nos positions. Les deux premiers de ces corps, composant l’armée prussienne, se sont avancés dans la soirée jusqu’à Neu-Malsch et ont employé la nuit à inquiéter notre gauche et notre centre, depuis Stein- mauern jusqu'à Muggensturm. Le troisième, comprenant tous les contingents secondaires de la confédération royaliste de l’Allemagne, a pris sans façon son chemin par le territoire wurtembergeois, entraînant encore avec soi, moitié de gré, moitié de force, le corps d’observation wurtembergeois, destiné d’abord à défendre la neutralité de ce pays. Ce mouvement, dont j’appréhendais tant les conséquences, parce que nous n’avions aucun moyen de le déjouer, est devenu la raison suprême et inévitable de notre défaite, quelque valeur qu’aient déployée nos troupes contre les attaques directes du Prince de Prusse. 3 * 30 Sans me tourmenter davantage d’un mal sans remède, je ne songeai qu’à tirer parti de la séparation nécessitée par ce mouvement, entre les deux masses de l’ennemi. Dans la soirée du 28, au milieu des alarmes causées par l’approche incessante de ces 60,000 hommes, je prescrivis à nos trois divisions, fortes chacune à peu près de 4000 combattants, de se masser dans la nuit sous Muggcnsturm, la gauche appuyée aux bois de Federbach, la droite à Bischweicr. Comptant sur l’effet de 35 pièces de canon bien servies, j’espérais, quoiqu’il arrivât, percer le centre de l'ennemi et arrêter ainsi le mouvement contournant du général Peucker sur notre droite. Afin de contrarier directement ce mouvement, j’avais, comme je l’ai dit dans mon bulletin précédent, envoyé des officiers et une colonne spéciale, avec deux compagnies de pionniers, pour détruire les routes qui descendent des montagnes du Wurtemberg dans la vallée de la Haute- Murg. En outre, les milices de Willich et de Blencker étaient destinées à défendre ces passages en tirailleurs. Le succès avec lequel Willich repoussa les llanqueurs de droite de Peucker dans la soirée du 28, m’aurait rassuré de ce côté, si je n’avais été averti que le mouvement véritable de l’ennemi s'opérerait par le territoire wurtembergeois, où il était inattaquable. Cet avertissement qui nous parvint dans la nuit, nous commandait beaucoup de circonspection devant la Murg. L’adjudant-général partit donc pour régler les opérations de notre droite, pendant que je livrerais bataille aux Prussiens devant Rastadt. J’allai de grand matin reconnaître les positions de l’ennemi. L’armée prussienne restait immobile en face de Rastadt, cachée dans les bois de Bietigheim, Neu- Malsch et Malsch. Mais en même temps de longs tourbillons de poussière s’élevant sur les montagnes de Schilberg et de Herenalb, signalaient la marche de 31 flanc de Peucker à travers le Wurtemberg. Je courus donc à Rothenfels pour donner des instructions verbales au lieutenant-colonel Mercy, puis je revins aussitôt à notre gauche, où le combat s’engageait déjà contre l’année prussienne. Les progrès irrémédiables des coalisés sur notre droite avaient nécessité quelques modifications dans notre ordre de bataille. La division Mercy, placée à notre droite, n’avait pu se porter en avant, obligée qu’elle était de garder les trois passages de Rothenfels, Gagenau et Gernsbach. La division Oborski, placée au centre, n’avait pu avancer qu’une simple avant-garde sur Muggenstunn, menacée qu’elle était en flanc du côté de Bischweier que Mercy n’avait pas pu occuper. Enfin, la division Becker, découverte aussi sur sa droite par le récul obligé du centre et de l’aile droite, ne pouvait tenir le bois de Federbach devant Rastadt, qu’avec son avant-garde. Le gros de cette division s’était retiré dans la nuit sous le canon de Rastadt. C’est donc sur une seule batterie d'artillerie et sur un bataillon du 3me de ligne, que tomba d’abord l’attaque des Prussiens, par la grande route d’Ettlingen. Cette attaque lut heureusement repoussée et j’eus le temps de faire amener de Rastadt deux autres batteries d’artillerie et un deuxième bataillon du même régiment. Je poussai bientôt le troisième bataillon sur Oetigheim, et j’envoyai notre dernière batterie de réserve à Steinmauern, pour renforcer le lieutenant- colonel Doll, qui y était attaqué avec fureur par l’extrême droite de l’ennemi. Les Prussiens rejetés de ces trois endroits avec des pertes considérables, grâce aux épaulements que nous avions eu le temps d’y élever, se rabattirent sur Muggenstunn; mais déjà la division Oborski avait reçu l’ordre de réoccuper cette position, et la valeur de nos troupes, surtout celle de l’ancien régiment de la garde et des turners de Hanau, fit échouer tous les efforts de l'ennemi contre ce village. Acharné à cette attaque infructueuse qui devait lier ses mouvements à ceux du général Peucker, le Prince de Prusse y courut de grands dangers personnels, après avoir vu périr autour de soi un nombre d’officiers et de soldats encore plus considérable que devant le Federbach. Pendant cette lutte opiniâtre, les réserves prussiennes arrivèrent de Bietigheim, et enlevèrent le village d’Oe- tigheim au bataillon du troisième régiment qui s'y soutenait depuis quatre heures. Ce mouvement de retraite se communiqua à toute notre gauche, et nous fumes un moment repoussés sous le canon de Rastadt. C’était heureusement l’instant où les milices de Becker, jusqu’alors inactives, se placèrent sous ma main. Quelques uns de ces bataillons étaient animés d’un enthousiasme désespéré. L’artillerie selon sa coutume demandait à reprendre les positions du matin; je saisis ce moment pour reporter toute notre gauche en avant. Le troisième de ligne s’élance sur le bois, à gauche de la route d’Ettlingen, en chasse l’ennemi par des feux roulants, la traverse et en réoccupe la lisière extérieure ainsi que le village d’Oetigheiin. A droite, je pousse la légion Allemande et deux autres bataillons de Volkswehr, avec 120 Polonais en tête, par le chemin de fer sur Rauenthal. Celte intrépide colonne, pénètre dans ce village sous un feu meurtrier, presque sans tirer elle même. Je débouche alors avec trois batteries de notre infatigable artillerie par la route d'Ettlingen, et je les déploie en avant sur les mamelons du Federbach, entre cette route et celle de Bietigheim, écrasant de projectiles l’ennemi en déroute. L’adjudant-général dirigeait pendant ce temps là l'attaque de Rauenthal et la 'liait aux succès de la division Oborski devant Muggensturm. Il était sept heures du soir. Le détachement de Doll avait aussi repoussé l’extrême droite de l’ennemi de Steinraauern sur Bie- 33 tigheim. Nous étions donc complètement victorieux sur tous les points de notre gauche et de notre centre, si bien que de toutes parts m’arrivaient des demandes de ca- vallerie, pour mettre à profit le désordre dans lequel les Prussiens se retiraient partie sur Ettlingen, partie sur Bisclnveier, cherchant la protection du corps de Peucker. Malheureusement cette arme lâche et perfide était comme dissoute depuis la trahison de Waghâusel, et nous n'avions en main aucun moyen de poursuite. Dailleurs, la déroute de notre aile droite, déroute dont la nouvelle ne nous parvint que dans la nuit, inutilisa toute la gloire de cette journée. En effet, tandis que près de Rastadt les deux corps de l’année prussienne se brisaient contre huit mille hommes de notre infanterie, soutenus par 30 pièces de canon, le corps des contingents accomplissait paisiblement son mouvement contournant autour de notre droite par le territoire wurtembergeois, et venait déboucher par Gagenau et Gernsbach sur nos derrières, entraînant encore avec soi un surcroît de coalition, Par suite de la négligence et de la mauvaise volonté du prédécesseur de Mercy au commandement de la division qui gardait ces passages, aucune de mes dispositions n’y avait été suivie. Les routes transversales de la vallée n’étaient pas encore coupées, les ponts n’étaient pas minés, aucun des ouvrages de défense ordonnés n’y était exécuté. Il existait en outre entre la brigade de ligne et les milices rhénanes de cette division une mésintelligence complète, ces dernières errant par les montagnes comme bon leur semblait, sous prétexte de faire la guerre en partisans. Toutes ces causes réunies, aggravèrent encore les périls de cette aile, déjà si exposée par la marche tournante de Peucker. Aussi, tandis que la brigade de ligne luttait déjà découragée entre Bischweier et Oberweier, contre la gauche des Prussiens et la droite 34 de Peucker, la masse des contingents emportait le passage de Gernsbach, et dispersait nos milices dans les montagnes de Baden. La résistance acharnée de quelques centaines de volontaires, ne put réparer l’effet de tant de désavantages réunis, et toute la division, ligne et Yolkswehr, se croyant coupée et perdue, abandonna le soir toutes ses positions dans le plus grand désordre, pour se débander dans les montagnes. Le contrecoup de cette panique se fit aussitôt sentir à la division Oborski. Bien que complètement victorieuses, ces troupes se crurent enveloppées, se retirèrent confusément pendant la nuit par les pont de Kuppen- heim et de Niederbülil, et s’enfuirent jusqu’à Oos. Le colonel Oborski, désespéré à ce qu’il parait de la vanité de ses efforts pour arrêter cette folle retraite, quitta son commandement sans en avertir personne. Cette absence si coupable, si inconcevable de la part d’un chef aussi intrépide et aussi régide pour soi- même et pour les autres qu’Oborski, fournit un nouveau prétexte de défection aux officiers mal intentionnés de cette division, de sorte qu’elle se décomposa entièrement, avant qu’il fut même possible de retrouver les traces de sa déroute. Ce n’est qu’en revenant du champ de bataille, au milieu de la nuit, pleins des espérances que nous avait fait concevoir la sanglante retraite de l’armée prussienne, que nous fumes instruits de ces désastreux événements. A l’instant où je ferme cette dépêche, nous nous concertons, moi, Sigel et le ministre de la guerre Werner, pour réparer en tant qu’il est en nous, cette disgrâce imprévue de la fortune. Le Général en chef, LOUIS MIEROSLAWSKI. HUITIÈME BULLETIN de l’armée de Bade et du Palatinal. Offenburg, 1 Juillet 1849. Sur les avis que nous reçûmes au sujet de la déroute de notre droite, voici à quoi nous nous arrêtâmes, après une conférence entre moi, l’adjudant-gé- néral et le ministre de la guerre. L’adjudant-général irait immédiatement rallier la division Merey que nous supposions reculée jusqu’à Oos, et la ramènerait par Baden sur Gernsbach. Dans le cas où le corps de Feuckcr aurait déjà occupé ce passage d'une manière inexpugnable, notre division prendrait une position de résistance à Ebersteinburg, au nœud des routes de Rothenfels et Gernsbach, couvrant la vallée centrale de Bade-Baden. Je dictai une instruction détaillée à ce sujet au major Beust, chargé de diriger les mouvements des milices du Palatinat qui faisaient partie de cette division. En même temps, la division Oborski devait être contenue dans sa retraite et ralliée à Oos, comme corps de réserve. Je restai moi même sur la Murg, pour reculer toutes nos défenses sur la rivière même, puis rétablir la division Oborski à Kuppenheim, aussitôt qu’elle se ‘serait reformée à Oos. En conséquence, je fis rentrer dans la place tous les trois bataillons du 3me régiment de ligne. Ce régiment et deux bataillons de Volkswehr devaient sufiïr au service de Rastadt. Je nommai gouverneur de la forteresse, le lieutenant-colonel Frei; commandant de l’artillerie de place, le major Heilig ; directeur du génie, le major Wilde; commandant des troupes de la garnison, le lieut.-col. Bielefeld; inspecteur du matériel, le major Hanneke. Ceci fait, je réunis toutes les troupes inutiles dans la place et je les conduisis à Kuppenheim, afin de manœuvrer librement de près et à droite de Rastadt, et d’en empêcher ainsi l’investissement. Je formai au colonel Becker une forte division, soutenue par 15 pièces de canon, derrière la tête de pont et les digues de Kuppenheim. Toutes ces dispositions étant achevées à dix heures du matin, je courus à Oos, pour amener encore au secours de Becker la réserve dont j’avais ordonné le ralliement en cet endroit. Mais en chemin, j’aperçus déjà avec indignation, que le 1er régiment de ligne que j’avais dirigé sur Kuppenheim, fuyait vers Oos. J’espérais du moins l’arrêter à Oos même, et le ramener sur la Murg avec la division Oborski; or à Oos, je ne trouvai plus trace d’année. Tout avait fui la nuit même, les uns en wagons les autres en voitures, jusquà Bühl et Achern. Je ne trouvai à Oos qu’une batterie d’artillerie abandonnée de ses soutiens. Bien résolu néanmoins de porter un secours quelconque à Becker, dont j’entendais la canonnade à Kuppenheim, j’envoyai des officiers dans tous les sens, pour retenir les troupes dispersées et les concentrer à Oos; mais avant que cela pût être même entrepris, la division Becker avait déjà abandonné sa position et nous arrivait en pleine déroute, deux escadrons de dragons en tête. Ordres, menaces, remontrances, rien ne put l’arrêter sous Oos ; car pour 37 éviter jusqu’au moindre retard dans sa fuite, la majeure partie des fuyards avait pris sa course à droite par les terrassements du chemin de fer, et m e dé vhnga de beaucoup à Bühl. Il ne resta auprès de moi que la compagnie polonaise, une batterie d’artillerie et un détachement de dragons; mais ce dernier finit bientôt par s’enfuir après les autres, malgré tous les efforts que nous tentâmes pour le retenir. D’une autre part, la tâche de l’adjudant-général vers Baden n'avait pu réussir, à cause de la rétraite encore plus antérieure des troupes du lieutenant-colonel Merey. C’est à peine si l’on était parvenu à pousser quelques cents miliciens de Becker dans les montagnes, non plus pour interdire l’entrée de Baden au corps de Peucker, mais afin d’empêcher sa marche trop rapide sur Oos. L’ordre que j’envoyai d’Oos à cette poignée de braves gens, de tenir jusqu’à la dernière extrémité dans la vallée de ce nom, est le seul qui ait été exécuté pendant les deux derniers jours de mon commandement. Sans cette résistance, que je signale à l'admiration du pays, nous étions coupés avec l’état-major, les bagages de l’armée et la plus grande partie de l’artillerie de réserve. La prise d’une pièce de canon aux Mecldeinbourgeois par ce détachement, après une lutte de trois heures contre toute l’avant-garde de Peucker, qui débouchait sur le flanc de notre retraite, prouve ce dont nous étions encore capables, si une panique fatale n’avait pas rendu toute l’armée sourde à mes dispositions. Grâce à ce vaillant fait d’armes, nous atteignîmes Bühl sans aucune perte sérieuse et nous y prîmes position avec la compagnie polonaise, un bataillon du Palatinat qui venait de couvrir notre marche, et quelques autres détachements amenés par l’adjudant-général.. Dans la nuit nous continuâmes notre retraite sur 4 38 Achern, où nous espérions tenir; mais cet endroit était déjà évacué par les troupes ; il n’y avait plus que de l’artillerie abandonnée. Il nous fallut donc suivre le lendemain la débâcle générale jusqu’à Offenburg, où s’accomplit la décomposition délinitive de l’armée, au mépris de tous nos efforts, de tous nos appels, de notre profond mais infructueux désespoir. Au point de vue historique, il se trouvera sans doute une explication très simple à ce désastreux féno- mène. Aussi bien, en jetant un coup d’œil sur cette longue et étroite demi-vallée qui constitue le pays de Bade, l’on comprend l’alarme perpétuelle du soldat, qui quelque courage qu’il déployât pour repousser les attaques de front, n’en était que d’autant plus ménacé sur ses flancs et ses revers par un ennemi non seulement s’il le voulait dix fois supérieur en nombre, mais manœuvrant encore à l’abri d’un pays inabordable pour nous. Que l’on ajoute à cela la contre-révolution donnant partout la main aux coalisés, les fatigues, les désenchantements, les méfiances d’une guerre sans issue, et l’on comprendra de suite comment une armée si vaillante dans la chaleur du combat, comment une armée qui ne s’est laissé prendre ni un canon ni un drapeau sur les champs de bataille, s’est pourtant débandée toute entière en une seule nuit, oubliant derrière soi son artillerie, ses chefs et sa dernière forteresse. L’on ne peut s’étonner en un mot qu’une troupe de 13,000 hommes, dont la moitié de milices, après s’être épidsée de valeur dans une mêlée écrasante contre 60,000 coalisés, ait renoncé finalement à se charger seule des devoirs de l’Allemagne républicaine toute entière; mais pour moi, qui n’ai pas été appelé par l’Allemagne républicaine pour faire de l'histoire, mais la guei’re, il est résulté de cette dissolution imprévue de tout instrument de guerre, l’obligation de déposer — 39 un commandement désormais sans objet et sans réalité. Ce sacrifice du plus glorieux pouvoir qu’ait pu me confier la démocratie militante d’Outre-Rhin, je le fais néanmoins sans amertume, sans récriminations, oubliant toutes les perfidies de la réaction, tous les chagrins de notre défaite momentanée, pour ne me rappeler que la joie de nos éclatantes journées de bataille. Le Général en chef, LOUIS MIEROSLÀWSKI. b RÉFLEXIONS GÉNÉRALES. S’il était possible de séparer les derniers évènements de Bade du procès général de l’Allemagne, je m’abstiendrais de toute réflexion critique, qui sans remédier à notre défaite, ne ferait qu’en aggraver l’amertume. Mais dans les conditions d’indissoluble solidarité où vit l’humanité actuelle, toute chûte comme toute grandeur tombe aussitôt dans le domaine de la révolution universelle et sert d'héritage immédiat aux vengeurs des vaincus. A ce titre, l’échec que nous venons d’essuyer sur le Rhin, n’est plus qu’un des mille enseignements à travers lesquels l’implacable problème de la Liberté Européenne poursuit sa solution plus au moins rapide, plus ou moins contrariée, plus ou moins coûteuse, mais infailliblement triomphante. Il faut être aveuglé par la haine et les remords, comme la coalition monarchique de l’Allemagne, pour ne pas prédire à notre défaite une prochaine et formidable revanche ; mais afin d’éviter à ces nouveaux efforts des épreuves superflues, c’est un devoir rigoureux pour tout démo- 41 crate militant, de leur signaler sans égards pour aucune douleur particulière, les misérables abîmes où se sont égarés les précédents. Dès mon retour de la Sicile, honoré par les gouvernements du Palatiuat et de Bade, du commandement en chef de leurs troupes, et ne pouvant satisfaire immédiatement à cette invitation à cause d’une grave blessure qui tardait à se fermer, je voulus du moins contribuer par quelques avis au succès de cette cause sacrée, mais déjà compromise en naissant. Les défauts de la politique révolutionnaire en Allemagne étaient tellement connus, tellement allannants, qu’uniquement guidé par les bruits publics, j’écrivis aux gouvernements de Bade et du Palatinat, pour les remettre sur la voie tant explorée depuis un demi siècle par nous autres proscrits de la Pologne. L’un des théorèmes infaillibles en révolution, c’est que tout mouvement qui ne s’étend pas de suite durant la période qui précède la guerre, jusqu’aux dernières limites de ses affinités nationales et sociales, est une révolution manquée; pareeque les erreurs commises durant cette période ne sont plus réparables dans la période stratégique qui la suit, les moyens militaires d’un pays, n’étant plus qu’une simple et sévère évaluation de ses facultés antérieures. J’insistai en conséquence dans mes lettres, pour qu’on se hâtât d’employer les forces régulières que l’insurrection avait mises aux mains du gouvernement de Bade, à étendre la tache d’huile à l’Allemagne environnante, notamment à la Hesse et au Wurtemberg, dont les rapports révolutionnaires avec le pays de Bade et le Palatinat n’étaient un secret pour personne. Cette pacifique conquête aurait compris dans ses vastes corrollaires l’occupation de Landau et de Ger- mersheim, occupation manquée dans le premier entrain insurrectionnel du Palatinat, et sans laquelle pourtant 4 * il n’y avait ni organisation ni résistance militaire à espérer dans ce petit pays En s’appuyant sur l’hypothèse des affinités révolutionnaires de l’Allemagne, et en faisant abstraction des progrès de la coalition monarchique, l’on pouvait supposer une extension indéfinie à cette propagande armée. Mais connue d’une part le territoire compris entre la France, la Suisse, la Bavière, le Mein et la Prusse Rhénane, suffisait à la production immédiate d’une bonne armée de 50,000 hommes, et que de l’autre l’entrée des princes en campagne imposait un terme forcé à notre prologue révolutionnaire, je n’indiquai dans mes calculs d’annexion immédiate que la Hesse et le Wurtemberg. Cet acte de douce violence avait pleine chance de réussite tant que les princes de l’Allemagne ne furent pas revenus de leur premier saississement, ce qui dura à peu près jusqu’au 20 mai. Alors, en outre, il était exécutable à l’aide de n’importe quelle manifestation armée. Entre l’instant où la Prusse prit les princes Mr. Heinzen a raison d'affirmer que de la possession à temps de ces deux places dépendait le sort du Palatinat et parsuite celui de Bade, peut-être bien même celui de l’Allemagne républicaine toute entière. Les républicains du Palatinat sont donc inexcusables d’avoir laissé échapper l’occasion d’une première surprise insurrectionnelle, pour s’en saisir. Mais bien plus inexcusable est le gouvernement provisoire de Bade, d’avoir marchandé avec un véritable égoïsme de paroisse au Palatinat, les moyens nécessaires pour racheter ce péché originel. L’indigue abandon auquel Bade livra la Bavière Rhénane, avant que l’arrivée des coalisés sur le Mein obligeât le premier de ces deux pays à tenir toutes ses forces concentrées sur le Neckar, trouva un cruel mais juste châtiment dans l’abandon auquel Bade fut livré à son tour par le reste de l’Allemagne, Terrible et éternelle leçon de la solidarité des peuples! 43 sous sa tutelle militaire, et celui de l’assemblage de leurs trois corps d’invasion sur le Mein, ce coup était encore à tenter, mais non plus avec des colonnes détachées et dans deux sens à la fois. C’est pourquoi dans ma seconde lettre qui correspond à cette époque, je conseillai de réunir toutes les forces mobilisées de Bade et de les jeter dans la direction de la moindre résistance, laquelle, vu les invitations de Reutlingen, l’éloignement de la Prusse et les hésitations de la Bavière, paraissait être évidemment celle du Wurtemberg. Quelles sont les raisons qui ont empêché le gouvernement provisoire de Bade, de suivre en cela je ne dirai pas mes avis, mes les avis de tout le monde? En partie, des difficultés pratiques qui se rencontrent à toute aurore d’affranchissement et contre lesquelles l'expérience manque d’ordinaire, puisque nécessairement tout premier gouvernement révolutionnaire n’est lui même que l’expérimentation d’une inexpérience; mais en plus grande partie encore, l’inaptitude particulière au génie allemand pour les conceptions d’ensemble et d’unité politique. Il y avait trois modes de propagande révolutionnaire pour l’Allemagne républicaine : 1° le mode légal, par le côté gauche du Parlement de Francfort, côté devenu tout le Parlement et l’unique mandataire de l’Allemagne, depuis la défection du parti royaliste; 2° le mode d’iniative armée qui venait d’é- clieoir en définitive au gouvernement provisoire de Bade; 3° le mode mixte, et par cela même illusoire, consistant à faire légaliser par le Parlement, l’initiative des paysi les premiers affranchis. Cette variété de moyens, donna lieu aux funestes hésitations de l’Allemagne: or en révolution, l’hésitation c’est la mort. Le Parlement de Francfort attendit et regarda faire les pays affranchis, lesquels attendirent et regardèrent faire le Parlement de Francfort. Pendant ce temps, la coalition royaliste chassa le Parlement et cerna de toute part le dernier foyer de l’insurrection, étoulfant du même coup le rayonnement de celle-ci et l’autorité de celui-là. Alors seulement, ces deux initiatives, l’une exilée et captive à Stuttgard, l’autre étranglée dans la demie-vallée du Haut-Rhin, songèrent à se concerter; mais ce n’était plus évidemment que le concert de deux impuissances, c’est à dire une défaite multipliée par une autre défaite. Yoilà la situation tout à fait désespérée sous le rapport politique où je trouvai la question allemande, lorsque je vins prendre le commandement des forces militaires de Bade et du Palatinat. Mais de ce qu'une révolution gâtée dans son prologue politique n’est, plus remédiable par les procédés stratégiques, il résulta dans ma conviction que j’arrivais juste pour commander d'héroïques funérailles. Je le déclarai confidentiellement au membre du Gouvernement, Peter, qui me servit d'introducteur auprès de l’armée, et par son organe j'engageai le Gouvernement à ne négliger aucun moyen de gagner le temps indispensable pour nous mettre au moins dans un état respectable de défense, puisque nous avions manqué celui d’attaquer. En effet, il est à remarquer qu’en révolution, le temps perdu pour l’oiïensive l’est également pour les mesures de résistance, de sorte que tout est à faire à la fois la veille de périr. Je conviens du reste que cette demande de délai n’était plus à satisfaire, car l’ennemi n’était pas assez sot pour nous rendre ce que nous lui avions abandonné. Pour concevoir combien les chances de la guerre dépendent de leurs antécédents politiques, il suffit d’observer que tout problème militaire repose sur les trois éléments de l’espace, des moyens matériels et de l’esprit qui en déterminent la portée. Or ces trois éléments sont tout déterminés d’étendue et de valeur lorsque déjà les deux armées se trouvent en présence, 45 et nulle combinaison de mouvement ne peut plus eu modifier sensiblement les rapports. Si l’on considère que les moyens matériels de la guerre se tirent de l’espace habité et gouverné, il est manifeste qu’en s’enfermant dans l’étroit bbyau de terre qui porte le nom de Bade et dans les montagnes du Palatinat privées de leur deux places militaires, la révolution allemande s’était déjà condamnée aux deux tiers à périr. Géographiquement, cette périlleuse arène n’offrait point de combinaison possible aux manœuvres de nos troupes. Le Palatinat n’ayant pu mettre sur pied d’armée réelle en temps voulu, dût être impitoyablement évacué et sacrifié, car à la guerre, comme dans une tempête, ce qui ne nous sert plus ou ne nous sert pas encore est un fardeau, c’est à dire un ennemi. Cette impuissance militaire du Palatinat ouvrit aux coalisés tout le flanc gauche du pays de Bade, depuis Worms jusqu’à l’embouchure de la Lauter. Empêcher un ennemi déjà aussi supérieur, déjà aussi favorisé, de traverser le Rhin, était désormais chose impossible, puisque le pont et la tête de pont de Germci jheim, que par une négligence inconcevable les Badois n’avaient su ni détruire ni occuper avant l’invasion, devenaient une porte sans cesse ouverte à celle-ci et pour toujours fermée aux nôtres. A supposer même que la trahison de Beckert et des bourgeois de Mannheim n’eut pas annullé l’effet de notre retour offensif sur Philippsburg, nous aurions bouché pour quelque temps cet orifice d’invasion, mais nous aurions été aussitôt menacés d’une attaque simétrique par le flanc opposé, de la part de ces mêmes troupes de l’empire que nous repoussâmes dans la nuit du 22 juin à Sins- lieim, qui nous suivirent à la piste jusqu’à Ettlingen, et qui finalement, pour s’épargner la peine superflue de combattre, nous ont tournés et pris à revers par 46 le territoire wurtembergeois. Ai désarmés par avance sur nos deux flancs, nous ne pouvions pas tenir non plus sur le Neckar, et pour y échapper à un enveloppement général, il nous fallut faire une excessive diligence, surtout à cause du rétrécissement de la gorge par laquelle on passe du bas pays de Bade dans l’Oberland. Une invasion plus hardie et mieux conduite nous aurait infailliblement coupé la retraite en cet endroit. C’était là le motif secret mais réel de l’irrésistible penchant des soldats vers l’Oberland, penchant que nulle autorité stratégique, que nulle réflexion supérieure ne pouvait dompter, parce qu’il tenait à cette inquiétude de conservation qui fait voir le péril de tous les côtés à la fois, et délie les plus solides bataillons. Comme au fond l’armée régulière de Bade se composait de robustes et braves soldats, et qu’à conditions égales de nombre et d’espace nous eussions avec elle bouleversé en vingt jours toutes les troupes royalistes de l’Allemagne, le feu de la bataille lui faisait oublier son malaise; mais à peine le combat fini et l’ennemi repoussé, elle s’effrayait pour ainsi dire de sa propre audace, se croyait de nouveau tournée, coupée, enveloppée et ne cherchait plus qu’à sortir au plus vite de ce cercle imaginaire, par un déplacement qui bientôt dégénérait en déroute. Quant à nos moyens matériels et personnels de faire la guerre, ils étaient, nécessairement en rapport exact avec l’exiguité et la mauvaise configuration de notre arène géographique. C’est assez dire qu’ils ne pouvaient jamais équivaloir qu’à une fraction insignifiante des ressources de l’ennemi, lequel profitait doublement de tout l’espace que lui avait abandoné la révolution. Je crois même tout à fait superflu de m’étendre là dessus. Passons donc au troisième élément qui entre dans les conditions de toute guerre, c’est à dire aux ressources de volonté, d’intelligence et de prévoyance collectives qui en préparent le succès. C’est ce que j’appelle l’esprit de la guerre. Eli bien, de cet esprit il n’y en avait pas du tout non plus dans le Bade et le I’ala- tinat, et cela encore parceque le prologue politique de la révolution n’en avait point formulé le programme. Au fond, ni citoyens ni soldats ne savaient pourquoi ils allaient se battre. Ce n’est pas l’insurrection toute seule qui le leur aurait expliqué, car les insurrections se bornent d’ordinaire au programme de l’affranclnsse- ment individuel, ce qui n’est guère que la liberté de ne plus se battre une seconde fois, de ne plus obéir à rien, de ne plus faire aucun sacrifice, de ramener en un mot le salut de la patrie au salut de soi même, et les intérêts du lendemain à l’intérêt d’aujourd’hui. La tâche de tout pouvoir révolutionnaire, consiste à faire passer rapidement le peuple de cet état d’agitation stérile, dissolvante, ingouvernable, à la puissance révolutionnaire, c’est à dire au sentiment passionné et collectif de ses stoïques devoirs envers la patrie. Alors seulement Vinsurrection devient une révolution , et toutes les forces publiques saisies d’une volonté commune, présentent un faisceau discipliné aussi capable de résister à l’invasion étrangère, que de dompter toutes les contrariétés intérieures. Mais c’est précisément contre celle difficulté d’appliquer la subordination à l’insurrection, que se brisent ordinairement les gouvernements populaires, car la multitude victorieuse confondant volontiers la révolution avec la liberté, c’est à dire la démocratie militante avec la démocratie triomphante, refuse de se soumettre aux rigueurs de la première avec d’autant plus de prévention, qu’elles lui semblent un simple retour au joug qu’elle vient à peine de briser. C’est à lasser, à vaincre ces égarements par une activité positive et une constance imperturbable, que 48 doivent s’appliquer les véritables chefs de toute révolution. Malheureusement, ce labeur héroïque déconcerte bien vite le commun des hommes que les hasards de la popularité jettent à la tête des nations insurgées; et ces prétendus gouvernements révolutionnaires deviennent aussitôt d’obscurs juges de paix entre l’insurrection et la contre-révolution,Jc’est à dire des médiateurs importuns entre les deux négations de la révolution, qu’ils perdent ainsi de vue totalement. S’il serait par trop cruel d'appliquer ces reproches au gouvernement provisoire du Palatinat, qui n’ayant point eu de ressources sérieuses à sa disposition ne peut pas non plus avoir de sérieuse responsabilité, il n’y a guère moyen de les épargner à celui de Bade, lequel grâce aux éléments de force régulière que venait de lui abandonner le Grand-Duc, n’avait plus qu’à souffler le génie républicain à cette matière, pour en tripler et en quadrupler la puissance. Je conviens que l’éxiguité du territoire insurgé posait des limites infranchissables aux expédients matériels de tout gouvernement, c’est à dire que l’on ne pouvait jamais, quoi que l’on fît, en tirer qu’une armée numériquement très inférieure à la coalition royaliste ; mais si l’esprit de cette armée avait pu devenir révolutionnaire, s’il avait pu se discipliner sous l’empire d'un sévère et opiniâtre dévouement, si le pouvoir initiateur avait réussi à passionner les masses pour l’accomplissement de ses inébranlables desseins, ces masses pénétrées d'une volonté collective et surveillées en quelque sorte par leur propre conscience, ne se seraient pas débandées à la troisième bataille. Or, dans les guerres révolutionnaires, la persistance seule équivaut à la victoire, quelque soit le sort apparent des combats. Mais pour inspirer le génie révolutionnaire aux troupes de Bade, pour en faire une de ces formidables et impétueuses unités qui se laissent plutôt anéantir 49 que décomposer, il fallait éviter toute transaction avec les deux dissolvants que je viens de signaler tout à l’heure; il fallait du même coup sortir des impuissantes licences de l’insurrection, et abattre la contre-révolution, en passant la règle et le niveau du salut public sur l’une comme sur l’autre. L’organisation de l’armée étant la suprême expression de toute révolution menacée à l’extérieur, cela signifie que le gouvernement provisoire de Bade aurait dû d’une part supprimer les gardes nationales, force inventée uniquement pour assassiner par derrière les révolutions déjà frappées par devant; destituer tous les officiers supérieurs suspects de penchant pour le régime déchu ; mettre en réquisition toutes les fortunes et tout le sang des privilégiés pour la défense de la république. Mais en même temps et d’une autre part il aurait dû verser et mouler dans les rangs de la ligne toutes les frivoles excentricités de l’insurrection; se réserver, et 11e pas livrer au caprice des soldats'la nomination de leurs supérieurs; prévenir toute désertion, en réprimant par les peines les plus terribles et une surveillance incessante, contre les chefs surtout, les premiers cas de cette affreuse épidémie militaire ; transporter enfin la vie publique dans les camps, et y astreindre toute la nation valide à l’exactitude, à l’uniforme, à l’héroïque impassibilité des troupes régulières. Vieux conspirateur et révolutionnaire peu heureux, j’ai trop l’expérience des déceptions que rencontrent les principes abstraits dans leur application à la triste nature humaine, pour imposer à la lettre cet idéal d’énergie organique aux gouvernements institués par l’insurrection. Il y a cependant pour cet idéal abstrait un degré de réalisation, que la pratique doit atteindre sous peine d’impuissance et de ruine inévitable. Or, ce degré obligatoire est d’une part mesuré par la force que 5 50 l'insurrection prête au pouvoir pour abattre la contre- révolution; de l’autre, par l’héritage de discipline et d’éléments organiques que le régime déchu lui a transmis, pour élever eettc même insurrection à la puissance d’une révolution. C’est en voyant combien ces deux auxiliaires étaient relativement considérables dans le pays de Bade, que l'on a droit de s’étonner du mauvais ou nul parti que le gouvernement provisoire en a tiré pour l'armement de la révolution. Il en résulta, qu’à la veille de livrer bataille à la coalition extérieure qui l’enveloppait de toutes parts, son armée était encore rongée elle même par l'anarchie insurrectionnelle et prise à dos par la trahison prétoriennne et bourgeoise. Ainsi le métier des généraux commençait sans que le gouvernement ait fait le sien, déloyale anomalie qui ne pouvait point tromper la fortune, car tout général a au moins le droit de dire à son gouvernement ce que le duc de Guise disait à Dieu : „ garde moi de nos amis, et je te garderai de nos ennemis . 41 rte ra r/< ) et u e', cJic'v .Wuui.ftfo. 3 (rernslieim Miohelstiidl tu SCPsUlUtUllL STRASBOURG Benfillt’im $ f,orxt'h © l l'ii'ltacli •' Worm H T! A D T ï/ihyaefhrum-nltol o’Xuulti* I Hcfi-icldt-n uluiriii“l' \ ,.4h, {nnheun / T . I /Wci i fittUjijehS i . (•Kt'hVelifii FraifkenUuil x ’-Att/'fHl v w iïnitüi M'iwm % j /* y Æ^»,Y SleùtiHaxteÉ^, ^/jWis'cnslci/i fr.wh'- . _ Jlhiieiirfmoc.n c Jhe[ltnOcu .J 4 mVmm.nO- % 1«r /Jicim / MiMerédorf ifàlïéL^, *r- het tu Sa ml STtfTTOARI *V.Sî,. \ Miulbatt ».//«>£ :: 2 kK, < mmÆ t ..jw -J*" - (JieùiJii.sT '-.V 1 ‘' ^ mm? V? \ \'i\ ) )Wi'khvli ■ DlIcrrrnluM'P OlTciiboiii-w' Corps (Iclimlj cT de thial/uni {>//on . 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